Quand la grossesse s’arrête brutalement

Quand j’ai reçu M., 36 ans, elle venait de perdre son bébé à dix semaines de grossesse.

Elle était dévastée. Elle ne trouvait plus les mots, n’avait envie de rien et en voulait à la terre entière. À son compagnon en premier.

Les larmes ont coulé presque toute la séance.

J’ai très peu parlé. J’ai laissé venir la colère, la tristesse, la déception, le découragement.

Ce bébé, elle le désirait depuis des années. Et il lui avait échappé presque aussitôt.

Après une fausse couche, vouloir oublier est naturel

Quand quelque chose nous fait profondément souffrir, notre premier réflexe est souvent d’essayer de ne plus y penser.

On se distrait. On évite certains souvenirs. On essaie de reprendre le cours normal de sa vie.

Cela paraît logique.

Mais parfois, plus on cherche à fuir une expérience douloureuse, plus elle revient.

Les images surgissent sans prévenir. Les émotions remontent. La colère reste présente. La tristesse prend toute la place.

Ce que nous faisons pour ne plus souffrir peut alors, paradoxalement, contribuer à maintenir la souffrance.

Une tâche qui paraît contre-intuitive

À la fin de la séance, j’ai proposé à M. un exercice qu’elle n’allait probablement pas aimer.

Je lui ai d’ailleurs dit qu’elle risquait de me détester un peu.

Je lui ai demandé, une fois rentrée chez elle, de prendre un moment pour revenir volontairement sur cette nuit si douloureuse.

Et de tout écrire.

Pas pour analyser.

Pas pour chercher une explication.

Mais pour raconter ce qui s’était passé comme si elle écrivait une scène de film.

Les détails.

Les sensations.

Les pensées.

Les émotions.

Ce qu’elle avait vu, entendu, ressenti.

Puis, une fois le texte terminé, elle ne devait pas se relire.

Elle pouvait ensuite m’apporter la lettre ou la déchirer.

Pourquoi revenir sur ce que l’on voudrait oublier ?

Cela peut sembler étrange.

Pourquoi retourner volontairement vers quelque chose qui fait mal ?

Parce que parfois, lutter contre une émotion ou un souvenir lui donne encore plus de place.

Dans certaines approches de thérapie brève, on cherche justement à modifier cette relation à la douleur.

Au lieu d’attendre qu’un souvenir surgisse, la personne choisit elle-même d’y retourner.

Elle reprend en quelque sorte la main sur quelque chose qui, jusque-là, s’imposait à elle.

L’objectif n’est pas d’effacer ce qui s’est passé.

Il est de faire en sorte que cet événement cesse d’envahir chaque instant.

« Il y a eu un avant et un après cette lettre »

À la séance suivante, M. est revenue plus légère.

Elle souriait.

Elle m’a dit :

« Il y a eu un avant et un après cette lettre. »

La douleur était toujours là, bien sûr.

Mais elle était moins omniprésente.

La colère avait presque disparu.

Il restait de la tristesse, mais beaucoup moins de découragement.

Surtout, elle pouvait à nouveau penser à autre chose.

Nous avons alors pu travailler sur la suite de ses projets.

Il ne s’agit pas d’oublier

Après une fausse couche, il n’existe pas une seule bonne manière de réagir.

Certaines personnes ont besoin de parler.

D’autres de silence.

D’autres encore ont besoin de revenir sur ce qui s’est passé.

Le travail thérapeutique consiste notamment à observer ce que la personne met en place pour aller mieux et à voir si cela l’aide réellement.

Dans le cas de M., essayer de ne plus penser à cette nuit ne suffisait pas.

Il a fallu faire l’inverse.

Y retourner.

L’écrire.

Pour que cet événement puisse enfin reprendre sa place : une expérience douloureuse de son histoire, sans continuer à occuper toute sa vie.

L’exercice décrit ici correspond à une situation thérapeutique particulière. Il ne constitue pas une méthode universelle à reproduire seul. En cas de souffrance importante ou persistante après une perte de grossesse, un accompagnement professionnel peut être indiqué.

Julie Renauld, thérapie brève systémique, thérapie de couple, Boulogne Billancourt

Quel est ton taux de réussite en matière de thérapie de couples?

Combien de couples repartent heureux et ensemble?

La réussite je l’évalue quand je croise une patiente dans la rue comme l’autre soir. Elle est seule avec ses filles, me salue et me dit : j’ai déménagé, et… ça va mieux. Je lis sur son visage que ça va mieux mais que ce n’est évidement pas encore l’extase. Se séparer est courageux et pas léger. 

Le courage ne réside pas dans le fait de rester et tenir.

Le courage et de regarder si le sol est encore fertile pour que j’y mette encore de la vie. 

Comment ça c’est encore à moi de bosser? 

Oui parce que peu de patientes me disent : mon mec est génial, je ne veux surtout ni qu’il change ni qu’il comprenne tout ce que j’ai moi même compris dans les bouquins qu’il n’a pas pris le temps de lire, non le problème c’est que je suis chiante. 

Or contempler les mauvaises herbes dans le jardin du voisin apporte aigreur et rancœur. Tandis que que regarder dans son jardin à soi s’il y a encore de l’espace pour semer amène la vie. 

Quand on dit à son partenaire  : fais-moi rire, fais moi sortir, fais moi jouir, on est dans une posture d attente qui éteint le couple. 

Commencer à changer une chose

Demain matin, le premier geste au réveil ne sera pas d ouvrir Instagram mais de déposez-lui un baiser (où vous voulez). Et vous allez voir qu’en donnant vous allez recevoir. Non pas ce que lui /elle va donner en retour. Non. Vous recevez en donnant. Car donner et recevoir sont les 2 faces d’une même pièce. 

Julie Renauld, thérapie brève, thérapie de couple à Boulogne Billancourt et en visio.

Comment parler des incendies et catastrophes climatiques à nos enfants? Accompagner leurs émotions sans les angoisser.

Les enfants ressentent nos émotions avant de comprendre nos mots

Face aux incendies, aux catastrophes climatiques et aux images parfois bouleversantes diffusées par les médias, de nombreux parents se demandent comment protéger leurs enfants tout en restant honnêtes avec eux.

La première chose à retenir est que les enfants sont avant tout des êtres d’émotions. Ils perçoivent notre inquiétude, notre tristesse ou notre colère bien avant d’en comprendre les raisons. En tant que parents, il ne s’agit pas de cacher nos émotions mais de leur montrer qu’elles peuvent être accueillies et traversées.

Ce qui distingue l’adulte de l’enfant, c’est sa capacité à prendre du recul. Notre rôle est donc de mettre des mots sur les événements, de rassurer sans minimiser et d’adapter nos explications à l’âge de l’enfant. Si vous êtes vous-même sensible à l’actualité, n’hésitez pas à limiter l’exposition aux images anxiogènes. Préserver son équilibre émotionnel, c’est aussi protéger celui de son enfant.

Transformer l’éco-anxiété en éducation

Parler du changement climatique n’est pas seulement une source d’inquiétude. C’est aussi une formidable opportunité d’éducation.

En 2002, Jacques Chirac déclarait : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. » Plus de vingt ans plus tard, il est difficile d’ignorer la réalité du dérèglement climatique. Pourtant, les décisions politiques restent souvent freinées par des enjeux économiques, électoraux ou énergétiques.

Nos enfants, eux, représentent l’avenir. Nous pouvons leur transmettre bien plus que des connaissances : une conscience écologique, une capacité à réfléchir au bien commun et l’envie de contribuer à un monde plus juste.

Éduquer des citoyens responsables plutôt que des enfants impuissants

L’un des plus grands risques face aux crises environnementales est le sentiment d’impuissance.

Or, les enfants ont un besoin fondamental de sentir qu’ils comptent et qu’ils peuvent agir. C’est pourquoi la responsabilisation est essentielle. Trier ses déchets, économiser l’eau, prendre soin du vivant, réparer plutôt que jeter, participer à des actions solidaires… Ces gestes, même modestes, permettent aux enfants de développer leur sentiment de compétence et leur confiance en eux.

Éduquer un enfant, ce n’est pas seulement lui apprendre à réussir individuellement. C’est aussi lui transmettre le goût du collectif, de la coopération et de l’engagement.

La peur n’est pas l’ennemie

La peur est une émotion normale face aux catastrophes naturelles et aux défis climatiques. Chercher à la faire disparaître est souvent contre-productif.

En revanche, nous pouvons aider nos enfants à transformer cette émotion en mouvement. Lorsqu’un enfant comprend qu’il peut agir, à son niveau, la peur laisse progressivement place à l’espoir, au courage et à l’engagement.

C’est peut-être là notre plus belle mission d’éducateur : non pas élever des enfants qui n’ont jamais peur, mais des enfants capables de faire quelque chose de leur peur.

À retenir

Accompagner les émotions des enfants face aux catastrophes climatiques, c’est leur offrir des repères, nourrir leur sécurité intérieure et leur transmettre la conviction qu’ils ont une place dans le monde. L’éducation émotionnelle et la conscience écologique sont deux piliers essentiels pour former des citoyens responsables, confiants et engagés.

Allo Docteur?

La prise de rendez-vous en dit déjà beaucoup sur vous.

Souvent d’ailleurs les patients me disent : étrangement ça va un peu mieux depuis que j’ai pris rendez-vous! Oui parce que le changement est déjà en marche, parce que vous êtes en mouvement vers vous.

Le travail thérapeutique ce n’est pas : prenez un pincée de ci, un brin de ça, touillez et buvez, mais une multitudes de micro détails qui participent à la résolution d’un problème.

Parfois il faut un peu de temps, parfois cela va très vite. Il arrive aussi que l’on consulte pour des tensions dans le couple et en ouvrant un tiroir on découvre des trauma bien plus profonds. Les tensions n’étant que la partie émergée de l’iceberg. C’est mon travail de creuser, ça ne vous aiderait pas que je ne traite que la superficie ou que je m’en tienne à vous dire : oui quittez-la, changez de job, faites du sport… ça peut marcher mais combien de temps…? 

Le thérapeute n’est pas là pour donner des conseils ni orienter les choix de son patient. Son rôle est de faire la lumière sur ce qui est resté dans la pénombre, l’aider à formuler ce qui lui pose problème et lui proposer un chemin de traverse plus écologique pour lui et tout son système.

Oui le travail thérapeutique est un investissement financier, demande du temps, de l’énergie. C’est un engagement qui ne se fait pas entre deux portes ni ne s’évacue en fin de journée, vite fait bien fait. Prendre soin de soi ça a un prix mais comme le dit le docteur Jalenques « si ça coûte c’est sans doute que vous avez de la valeur… ».

Au secours! Il fait une crise quand on arrête l’écran!

« Je ne peux pas lui enlever l’écran sinon il fait une crise! »

Que redoutez-vous dans la crise? Le bruit? La colère? L’épuisement? 

Dans une minorité des cas, il arrive que les enfants en viennent aux mains. J’ai croisé des mères désœuvrées parce que justement les limites n’avaient pas été suffisamment posées par le père ET la mère et que l’enfant ne se contenait plus. Si vous ne voulez pas en arriver là, laissez-le hurler, c’est un moindre mal. 

Plutôt que la redouter, provoquez-la!

Et plutôt que redouter la crise, provoquez-la! « Vas-y crie, hurle, tape des pieds. Tu es énervé et je te comprends mais l’écran s’arrête maintenant ». La juste posture n’est pas facile à trouver. Il ne s’agit pas de se moquer de lui, ou de s’énerver aussi fort que lui mais plus stratégiquement de montrer que la crise ne nous fait pas peur et que oui, vous comprenez qu’il soit énervé. Mais ce n’est pas pour autant que vous allez lâcher.

Faire la différence entre ses envies et ses besoins

Rares sont les enfants qui comprennent l’intérêt de coopérer tout le temps pour tout, ou quand ils le comprennent ils ne savent pas forcément résister à leurs envies. Mais attention! Il s’agit d’envies et non de besoins. Donc vous pouvez retirer la prise sans aucun scrupule. L’enfant qui fait une crise ne souffre pas, il apprend.  

Julie Renauld, thérapie brève stratégique adultes, enfants, couples. Boulogne Billancourt et en visio.

Consultation chez le psy : Papa où t’es?

Quand votre enfant rencontre des difficultés ou un problème, ma façon de vous aider à le résoudre est d’observer toutes les interactions autour de ce problème, observer ce que vous faites ou ne faites pas qui parfois ankylose, sans que vous le souhaitiez, la situation. Puis vous proposer d’agir différemment pour sortir de là.

Emmener son enfant chez le psy est-il réservé aux mamans?

C’est pourquoi si seule la maman accompagne son enfant ou si la maman vient seule, je n’ai que sa perception du problème et que ses interactions à elle et son interprétation des interactions du papa. C’est comme si vous me demandiez de faire un gâteau au chocolat mais avec la moitié des ingrédients. Il y aurait la farine, mais pas le sucre, les oeufs mais pas le beurre. Je ne vais pas rien faire, je peux en faire des crêpes! Mais il me manquera une partie du problème.

Pourquoi venir consulter à deux parents est-il important?

Selon Alfred Adler, psychiatre autrichien contemporain de Freud, l’enfant a 2 besoins fondamentaux : le besoin d’appartenance et le besoin d’importance. Or si ses 2 parents se mobilisent vous aurez déjà fait la moitié du chemin. L’enfant sentira que ses parents se préoccupent de lui, qu’il a une place dans la famille et une importance. Ça vaut le coup de se libérer une heure, non? 

Le père et la mère n’ont pas les mêmes réactions ni les mêmes perceptions

D’où l’importance de venir à deux. Je vais écouter chacune des versions, des perceptions avant de vous indiquer comment faire évoluer la situation. Si seul un des parents change sa façon d’agir et de réagir, mais que l’autre continue comme avant, ce sera beaucoup moins efficace voire totalement inefficace. Si vous souffrez ensemble du problème, c’est ensemble que vous en sortirez.

Julie Renauld, thérapie brève, thérapie familiale. Boulogne Billancourt et en visio.

Les appli de rencontres sont-elles un tue-l’amour?

Qu’est-ce qui pourrait sauver l’amour? Pas sûr que ce soient les sites de rencontres! 

Arnaud Poissonnier, auteur de « Boîtes de conserve », aux éditions A part, nous présente son enquête dans ma divan mobile. Les appli de dating sont-elles un tue l’amour? 

75% des utilisateurs y cherchent l’âme sœur.

Mais seuls 5% la trouveront ! Et parfois il leur faudra 10 ans…

Chercher l’amour en scrollant comme on cherche un table basse sur le bon coin est-ce une bonne idée? 

On scrolle, on date, on scrolle, on date… et que se passe-t-il?

6 secondes : c’est le temps qu’il faut pour que l’alchimie opère, si elle doit opérer. 

Parfois elle n’opère pas mais on s’étend bien alors on tente une histoire, maintenant qu’on est là… et dans ce cas, 9 fois sur 10 ça tourne vinaigre. 

Comment bâtir un couple en 2025 quand l’espérance de vie n’a jamais été aussi longue, quand dans notre poche se trouve un immense supermarché accessible 7 jours sur 7 avec des milliers de célibataires disponibles. Quand l’amour devient un bien de consommation comme un autre au lieu d’être une construction, un travail du quotidien.

L’amour sur algorithme ce n’est pas l’amour, c’est un outil pour faciliter une mise en relation mais n’oublions pas toutes les autres formes de rencontres, notre capacité à être en lien avec tous nos sens et pas seulement nos deux pouces….

(L’interview en vidéo est disponible sur ma page Instagram @julie_renauld ou Facebook)

Julie Renauld, thérapie brève systémique, thérapie de couple. Boulogne Billancourt et visio.

Couple : quand je ne me sens pas respecté

Que faire quand je ne me sens pas respecté par l’autre dans mon couple, par exemple? Première chose qui peut m’aider : me demander si l’autre se respecte lui-même.

Dans un couple j’entends souvent :

  • « Il ne pense pas à me faire des surprises »
  • « Quand il ne fait pas ce que je lui ai demandé plusieurs fois c’est qu’il s’en fout de moi »
  • « S’il arrive en retard c’est que ça ne le gène pas de me faire attendre »….

Mais si, au lieu de prendre ces actes personnellement, on se demandait ce qu’ils disent de lui.

Qui ne respecte-t-il pas?

Il ne me respecte pas mais se respecte t-il lui-même en faisant cela?  Est-il suffisamment à l’écoute de lui pour être à mon écoute? 

Ces questions ne vont pas forcément m’aider à remplir mon besoin d’attention et de me sentir reconnu. Mais cela peut m’aider à avoir moins de rancœur, moins d’agressivité. Car ma rancœur et mon agressivité ne vont certainement pas l’aider à me respecter, me faire des surprises et être à l’écoute de mes besoins. C’est un cercle vicieux duquel on peut sortir.

Ne pas prendre les choses personnellement aide à prendre du recul et à adopter la bonne attitude pour exprimer son besoin tout en donnant envie à l’autre de le prendre en compte.

Julie Renauld, thérapie de couple et thérapie brève systémique. Boulogne Billancourt et visio.

Agressions sexuelles : 1 victime sur 2 connaît son agresseur

9 jeunes filles sur 10, âgées de 15 à 25 ans, qui franchissent la porte de mon cabinet ont subi une agression sexuelle. Ce ne sont pas des statistiques nationales mais un résultat empirique.

Ce sont pourtant des jeunes filles éduquées, qui ont grandi dans des milieux souvent privilégiés et leurs agresseurs ne vivent pas dans le 20eme. 

Ce sont leurs voisins de classe, le fils des amis de leurs parents… qui ont reçu la même éducation qu’elles. 

Pourquoi en est-on arrivé là ?

S’il y a autant d’agressions sexuelles dans le giron familial ou amical c’est notamment parce que, faute de vraies discussions quand ils nous écoutent encore – avant l’adolescence – les jeunes garçons ont appris à assouvir leurs besoins sexuels via la pornographie. Ainsi certains pensent que ne pas dire non veut dire oui, que glisser son sexe dans la bouche d’une jeune fille qui dort n’est pas un crime. 

Le viol est un crime.

Si les jeunes femmes qui ont subi des agressions sexuelles ne sont pas mortes, cela tue tant de choses en elles : la confiance en soi, en l’homme, en la vie, l’estime de soi… À nous d’apprendre à nos filles de ne pas faire passer l’autre avant elles (« j’avais peur qu’il soit fâché contre moi »), de ne pas avoir besoin d’être prêtes à tout pour se faire aimer (« je me suis toujours sentie nulle, je ne faisais jamais assez bien aux yeux de mes parents »). À nous d’ouvrir ce dialogue pour empêcher ces plaies béantes qui vont mettre des années à se refermer laissant à jamais une cicatrice. 

Julie Renauld Thérapie systémique et stratégique, Boulogne Billancourt

C’est grave docteur? Ou c’est OK?

« C’est ok » : la fadeur d’un consentement collectif. 

Il y a des expressions qui deviennent des tics, comme des post-it collés sur nos émotions.

« C’est ok » en fait partie.

Une formule à la mode, pratique, lisse, passe-partout — tellement lisse qu’elle en devient pauvre.

Pauvre, parce qu’elle remplace toute la richesse de notre langue : « Je comprends », « Je t’entends », « Je te rejoins », « Je suis d’accord », « Ça me va », « J’accepte », « Je valide », « Je ressens la même chose »… Autant de nuances balayées d’un revers de paume par ce « c’est ok » plat et rassurant.

Mais au-delà du mot, il y a ce qu’il révèle.

Derrière ce besoin constant de dire « c’est ok », on entend presque une demande tacite : dis-moi que je suis comme il faut.

Comme si nos émotions, nos choix, nos doutes devaient être validés par un tiers, un regard extérieur, un pouce levé invisible.

« C’est ok » dit quelque chose d’une époque où la recherche d’approbation a remplacé l’affirmation de soi.

Où l’on préfère apaiser plutôt que s’exprimer, on gomme le relief de nos émotions pour ne plus déranger.

Et si, au lieu de dire « c’est ok », on se remettait à dire vraiment ce qu’on ressent ?

Entourés d’influenceurs notre référent n’est plus interne mais de plus en plus externe. 

L’autre jour un patient qui venait de se mettre au running me dit : « j’avais mal au genou au bout de 3 kilomètres mais un de mes copains qui court souvent m’a dit que ça lui faisait ça aussi ». Et il a continué à courir. Ce n’est pas parce que 10 000 coureurs s’abîment les genoux mais continuent à courir que la course est bonne pour moi… !!

Mes patients me demandent souvent si ce qu’ils vivent est normal ou grave… et je me garde bien de les rassurer car si ça les réconforterait sur le moment, ça ne les ferait pas avancer! Et cela les rendrait dépendants de ma validation. Du pouce. Du like. Du ok. Du bath. Du in… Je m’égare. 

Pour retrouver du sens à notre propre existence il nous faut nous reconnecter à nos propres sens. Ce sont eux nos véritables guides.