C’est grave docteur? Ou c’est OK?

« C’est ok » : la fadeur d’un consentement collectif. 

Il y a des expressions qui deviennent des tics, comme des post-it collés sur nos émotions.

« C’est ok » en fait partie.

Une formule à la mode, pratique, lisse, passe-partout — tellement lisse qu’elle en devient pauvre.

Pauvre, parce qu’elle remplace toute la richesse de notre langue : « Je comprends », « Je t’entends », « Je te rejoins », « Je suis d’accord », « Ça me va », « J’accepte », « Je valide », « Je ressens la même chose »… Autant de nuances balayées d’un revers de paume par ce « c’est ok » plat et rassurant.

Mais au-delà du mot, il y a ce qu’il révèle.

Derrière ce besoin constant de dire « c’est ok », on entend presque une demande tacite : dis-moi que je suis comme il faut.

Comme si nos émotions, nos choix, nos doutes devaient être validés par un tiers, un regard extérieur, un pouce levé invisible.

« C’est ok » dit quelque chose d’une époque où la recherche d’approbation a remplacé l’affirmation de soi.

Où l’on préfère apaiser plutôt que s’exprimer, on gomme le relief de nos émotions pour ne plus déranger.

Et si, au lieu de dire « c’est ok », on se remettait à dire vraiment ce qu’on ressent ?

Entourés d’influenceurs notre référent n’est plus interne mais de plus en plus externe. 

L’autre jour un patient qui venait de se mettre au running me dit : « j’avais mal au genou au bout de 3 kilomètres mais un de mes copains qui court souvent m’a dit que ça lui faisait ça aussi ». Et il a continué à courir. Ce n’est pas parce que 10 000 coureurs s’abîment les genoux mais continuent à courir que la course est bonne pour moi… !!

Mes patients me demandent souvent si ce qu’ils vivent est normal ou grave… et je me garde bien de les rassurer car si ça les réconforterait sur le moment, ça ne les ferait pas avancer! Et cela les rendrait dépendants de ma validation. Du pouce. Du like. Du ok. Du bath. Du in… Je m’égare. 

Pour retrouver du sens à notre propre existence il nous faut nous reconnecter à nos propres sens. Ce sont eux nos véritables guides.

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