Pourquoi dire non? Ne confondons pas ses désirs avec ses besoins

Il est tellement plus simple de dire oui. Oui c’est s’acheter la paix, le calme, du temps, les « merci merci », les « t’es le meilleur papa du monde », les « t’es trop sympa maman ». Le oui est réconfortant pour tout le monde. Vous êtes vous déjà dit : là je pourrais dire non, mais comme je peux le faire / lui donner / lui accorder… alors je dis oui. Il est vrai que bien souvent nous pouvons… mais est-ce que pour autant nous devons?

A quoi cela sert-il de dire non?

Dire non c’est apprendre dès le plus jeune âge à l’enfant qu’il n’aura pas tout ce qu’il voudra dans la vie : l’amoureuse qui ne le regarde pas, le job qu’il convoite, la voiture dont il rêve, la maison avec jardin… Des limites, des frustrations, il va en rencontrer toute sa vie, autant l’y préparer le plus tôt possible comme un entraînement au long cours.

Les enfants se construisent par mimétisme.

Si nous ne savons pas dire non dans la vie, aux autres, si nous ne connaissons pas nos propres limites, l’enfant dont les neurones miroirs le font se construire par mimétisme, aura bien du mal à accepter le non venu de l’extérieur. Il ne le comprendra pas puisqu’il ne l’aura pas suffisamment vu à l’oeuvre.

Dire non en tant qu’adultes est un cadeau que nous nous faisons à nous mais également à nos enfants. C’est le préparer au respect de soi et des autres. Un enfant qui n’a pas appris ce qu’était le non court de grands risques, y compris au sujet de son corps, du consentement, du lien à l’autre. Beaucoup d’enfants d’adolescents, sont victimes d’abus sexuels faute d’avoir observé et acquis ce non.

Quand je dis non, il se met dans tous ses états

Le « non » engendre souvent des crises, de l’énervement. L’enfant dit rarement « d’accord je ne vais pas manger de bonbons, bien reçu, j’attendrai l’heure du goûter ». Il exprime sa contrariété, sa frustration mais il n’est pas en souffrance. Ne confondons pas ses désirs avec ses besoins, ni sa frustration avec sa douleur. Ce n’est pas douloureux d’être contrarié, c’est désagréable, inconfortable, mais tellement nécessaire pour construire un être équilibré qui sait qui il est, ce qu’il peut donner, recevoir, prendre et partager.

Julie Renauld

julie.renauld.millet@gmail.com

La punition génère colère et vengeance

Nul besoin de neurosciences ou autres travaux de recherches pédopsychiatriques pour comprendre ce que la punition peut générer comme réactions et émotions chez l’enfant. Il vous suffit de vous replonger dans un souvenir de punition issu de votre enfance.

Fermez les yeux un instant et concentrez-vous sur ce que vous avez ressenti. Il y a, tout d’abord, une chance sur deux pour qu’un sentiment d’injustice vous remonte à l’esprit. Pourquoi? Parce qu’en général lorsque l’adulte punit c’est qu’il est hors de lui, ses émotions ont pris les commandes de sa tour de contrôle, il veut que le comportement de son (ou ses) enfant(s) cesse et il va se servir de ce qu’il a sous la main. Mais comme il est énervé, en colère, le couperet tombe sans forcément avoir tous les éléments – faute d’avoir assisté bien souvent à toute la scène – et si vous êtes dans les parages, vous paierez, que vous soyez responsable ou non.

Il y a quelques dizaines d’années c’était à coup de martinet, ou de baguette de bois à l’école. Fort heureusement nous avons évolué et évoluons toujours. Les punitions encore à l’usage à la maison ou à l’école sont données par des parents ou enseignants démunis, qui n’ont pas trouver, pour le moment, d’autres moyens pour faire respecter leur cadre.

Au-delà du sentiment d’injustice, la punition vient planter chez l’enfant une graine de colère, de ressentiment, des envies de vengeance et de rebellion.

La punition collective à l’école est sans doute parmi celles qui peuvent faire le plus de dégâts. Car sur trente élèves punis il y en a forcément quelques uns qui n’ont rien fait. Comment ne pas générer chez ces enfants-là – au delà de toutes les émotions négatives précitées et au-delà du sentiment d’injustice – de la jalousie, de l’agressivité, de l’animosité envers les « vrais » responsables et créer ainsi un climat de tension entre les camarades et envers l’enseignant…? Ce dernier aura alors, sans le vouloir, miner sa propre salle de classe.

Quand vous vous re-connectez à l’enfant puni que vous avez été, qu’avez-vous eu envie de faire après? Si d’aucuns considèrent qu’ils l’avaient bien cherché, la plupart vont formuler cette envie de tout casser, de se venger, de faire en douce pour éviter de se faire prendre la prochaine fois.

Il arrive cependant que le comportement cesse. Les parents ou enseignants ne sont pas sadiques, ils ne font pas cela pour le plaisir et même s’ils sont nombreux à regretter de s’être autant emportés, ils peuvent se féliciter d’avoir obtenu des résultats… mais à court terme seulement. La stupeur peut certes faire cesser un comportement – après avoir recopié 50 lignes, l’enfant aura peut-être été freiné dans son élan de bavardage – mais pour combien de temps? Car nous savons que, pour la plupart, ces comportements reviendront. L’enfant (ou la classe) sera à nouveau agité(e), il mentira encore une fois (surtout s’il a peur de se confronter à vous et peur d’être puni d’ailleurs!), il ne fera pas ce qu’on lui dit… Alors quoi? Faudra t-il doubler, tripler les doses?

La seule question qu’il me semble intéressant de se poser est : quel enseignement mon enfant en retirera t-il? Que lui ai-je transmis comme compétence pour qu’il apprenne de ses erreurs ?

Il existe des graines plus riches à semer.

Des outils comme :

  • Le temps de pause (pour l’enfant et/ou l’adulte) afin de permettre au cerveau de redescendre et aux émotions de se remettre à leur juste place avant de proposer à l’enfant de réparer son erreur.
  • La recherche de solutions ensemble : ce comportement n’est pas acceptable, comment peux-tu faire la prochaine fois pour que cela ne se reproduise pas?
  • L’apprentissage du respect mutuel avec bienveillance (je comprends tes besoins et écoute des émotions) et fermeté (tu respectes mes limites et celles de la société)
  • Donner à l’enfant le sentiment d’être capable et l’envie de grandir en instaurant la notion de responsabilité = privilège, absence de responsabilité = absence de privilège (pour le moment tu sembles de pas pouvoir respecter le cadre, réfléchissons à une solution et en attendant je te retire ton privilège).

Cherchons des solutions, pas des coupables.

Julie Renauld M, thérapeute systémique (julie.renauld.millet@gmail.com)